Le gaz torché : l’argent qui brûle au bout du derrick
Sur les champs pétroliers du monde entier, une flamme brûle jour et nuit au sommet d’un mât. Elle a un nom — la torche — et un coût : en 2025, l’équivalent de la consommation annuelle de gaz de toute l’Afrique est parti en fumée.
Les chiffres du dernier rapport mondial sur le torchage (Banque mondiale, GGFR) tiennent en une phrase : 167 milliards de m³ de gaz naturel brûlés à la torche en 2025 — troisième année de hausse consécutive — soit 54 milliards de dollars d’énergie détruite, à peu près la consommation annuelle de gaz du continent africain entier. Neuf pays concentrent plus de 80 % de ces flammes. Pour comprendre pourquoi ce gâchis existe, et pourquoi il n’est pas une fatalité, il faut regarder ce qu’est vraiment une torche.
Pourquoi brûle-t-on un produit qui vaut de l’argent ?
Le pétrole ne sort jamais seul : presque tout brut remonte accompagné de gaz associé. Ce gaz est un produit — il chauffe, il éclaire, il fait tourner des turbines et des usines d’engrais. Mais il ne se transporte pas dans un camion : il lui faut un pipeline, une usine de traitement ou un client sur place. Quand aucun des trois n’existe, l’opérateur n’a que deux gestes possibles : relâcher le gaz tel quel — du méthane, au pouvoir de réchauffement bien supérieur au CO₂ — ou le brûler. La torche est le moins pire des deux gestes. C’est aussi l’aveu d’un échec : un gaz torché est un gaz sans débouché.
Ce que la flamme coûte vraiment
54 milliards de dollars par an, c’est le prix de l’énergie détruite — sans compter le carbone et le méthane émis. Le rapport ajoute un chiffre plus frappant encore : éliminer le torchage de routine coûterait 70 à 100 milliards de dollars d’investissements. Moins de deux années de gaz brûlé suffiraient à financer la fin du brûlage. Et ce n’est pas une utopie : le Kazakhstan a réduit son torchage de 87 % depuis 2012. La flamme s’éteint quand on lui construit un débouché.
Et au Tchad ?
Le bassin tchadien n’échappe pas à la logique : du gaz associé y est brûlé faute de filière, et le gisement gazier de Sédigui (~7 Md m³ documentés) dort depuis sa découverte — un gaz sans débouché n’a pas de prix. C’est exactement l’étage 1 du prix du sac d’urée : pendant que le monde paie son ammoniac au prix d’un gaz en crise, le Tchad brûle ou laisse dormir le sien.
Éteindre la torche en la branchant
La réponse d’EnerTchad tient dans les filières que raconte ce site : brancher le gaz sur une turbine (gas-to-power, 125 MW cible, micro-réseaux), sur une bouteille (le GPL de « la bouteille contre la hache »), sur une usine (gaz → ammoniac → urée/NPK). Chaque molécule branchée est une molécule qui ne brûle pas — c’est le sens de l’engagement « zéro torchage de routine » et du programme LDAR (−92 % d’émissions fugitives visées) publiés sur notre page impact. La torche n’est pas un décor du pétrole : c’est un compteur qui affiche, en temps réel, la valeur qu’un pays n’a pas encore décidé de garder.
Chiffres du torchage : Global Gas Flaring Tracker (Banque mondiale/GGFR), données 2025. EnerTchad S.A. est une société de droit OHADA en constitution ; les filières évoquées sont des cibles.
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